Cinquante heures. C'est ce qu'il m'a fallu pour aller d'Hanoi a Ventiane. Durée du trajet en temps normal ? Treize heures, pourquoi ? C'est ainsi que je suis tombé amoureux du Laos.
Si je me souviens bien, mais tout est encore confus dans ma mémoire, l'épopée peut se résumer ainsi : attendre le bus, monter dans le bus et attendre qu'il soit plein avant de partir, respirer les oignons, plier les jambes tout du long, attendre l'ouverture de la frontiere, attendre, glisser discretement un billet de un dollar dans le passeport pour obtenir son tampon, attendre des papiers d'importation pour des médicaments, voir le coucher et le lever du soleil depuis le meme endroit, se retrouver bloqué dans la boue, sortir du bus, pousser-tirer le bus, démonter le bus, remorquer le bus, admirer un douanier taper les documents d'importation (une dizaine de pages) sur une machine a ecrire du 19e siecle avec un doigt, attendre, manger une omelette en deux jours, s'arreter dans chaque village pour déposer des colis suspects recouverts de fruits du dragon, crever un pneu, réparer un pneu, pisser sur un serpent, se faire déposer a dix kilometres de Ventiane, se faire accueillir par des chauffeur de taxi qui s'entre-déchirent a coups de sabre, se faire conduire par le vainqueur ensanglanté, arriver a 22h dans une capitale ou tout est fermé, trouver malgré tout un hotel, se sentir mieux mais avoir faim, déambuler jusqu'a trouver un établissement qui sert des happys pizzas et des filles, consommer les unes et regarder les autres, se dire que ce pays a quelque chose de particulier, rentrer a l'hotel, s'écrouler sur le lit, dormir douze heures.
Tuesday, January 13, 2009
Monday, January 12, 2009
Part 21 - Ca pa ?
Je n'avais toujours pas trouvé ou je voulais vivre. Etait ce le but de mon voyage ? En tout cas, je n'avais toujours pas trouvé ce que j'étais venu chercher, quel qu'il soit.
Au nord du Vietnam, il y a un village, SaPa. Dans ce village, pas tant de touristes que ça. Quelques uns. On les retrouve au marché. Le fameux marché de SaPa. Comme je suis touriste et que je me trouve a SaPa, je suis bon pour faire un tour au marché.
Je m'arrete a deux pas d'un stand pour etre le spectateur d'une scene singuliere. Dans le stand en question, des chiots dans des cages ou en laisse attachés a des piquets. Deux anglaises s'arretent. L'une des deux pointe du doigt l'un des chiots. C'est vrai qu'il est mignon. Le vendeur de chiens ne parle pas anglais. Il montre le chien en question et interroge en vietnamien la fille qui ne comprend pas la question, forcément. La fille dit "oui, oui, celui-la. Il est trop mignon". Le vendeur prend son baton, attrape le chien et lui donne un grand cou sur la nuque avec son bateau. Ca fait un bruit d'os cassé. Le chien est mort. Le vendeur le tend a la fille. Avec un signe de la main, il lui fait comprendre qu'il faut payer. Le ton monte, ca aboie, mais pas que les chiens autour. Le vendeur a le dessus. La fille paye, laisse le chien par terre et s'en va en pleurant, consolée par son amie.
En France - et dans la plupart des pays - nous avons les chiens de garde et les chiens de compagnie. Au Vietnam, il y a une troisieme famille de chiens : les chiens a manger.
Peu apres je rencontrais mon maitre es paresse. Avec un petit groupe, nous suivions notre guide vietnamien, Johnny (!), a la découverte des H'mongs, un peuple habitant les montagnes dans le nord du Vietnam. Et Johnny nous a expliqué :
- Alors...euh...les H'mongs... vous comprenez ?... ils habitent dans les montagnes... vous comprenez ?
Jusque la, on comprenait.
- Il y a quatre familles de H'mongs, vous comprenez ?...
On se concentre, mais on y arrive.
- Les H'mongs rouges, qui sont habillés... en rouge... vous comprenez ?
Ca me parait logique en effet.
- Les H'mongs bleus, qui sont habillés... en bleu... vous comprenez ?
Quelle surprise ! Il faut comprendre également qu'apres chaque "Vous comprenez ?", Johnny nous impose une pause rhétorique de trente secondes. Une éternité.
- Les H'mongs jaunes, qui sont habillés... en jaune... vous comprenez ?
Ah bein ca, ca tombe bien alors. Je suis au taquet pour les H'mongs verts a venir...
- Et les H'mongs fleur, qui sont habillés... ?
La colle. On ne s'y attendait pas. On seche tous, pris au dépurvu que nous sommes devant un tel rebondissement. Le suspens est insoutenable. Mais de quelle couleur peuvent donc s'habiller les H'mongs fleur ? Johnny va t il nous révéler ce secret ? Allons nous trouver le sommeil ?
- Et les H'mongs fleur, qui sont habillés... de toutes les couleurs, vous comprenez ?
J'ai compris. Je quitte le Vietnam.
Au nord du Vietnam, il y a un village, SaPa. Dans ce village, pas tant de touristes que ça. Quelques uns. On les retrouve au marché. Le fameux marché de SaPa. Comme je suis touriste et que je me trouve a SaPa, je suis bon pour faire un tour au marché.
Je m'arrete a deux pas d'un stand pour etre le spectateur d'une scene singuliere. Dans le stand en question, des chiots dans des cages ou en laisse attachés a des piquets. Deux anglaises s'arretent. L'une des deux pointe du doigt l'un des chiots. C'est vrai qu'il est mignon. Le vendeur de chiens ne parle pas anglais. Il montre le chien en question et interroge en vietnamien la fille qui ne comprend pas la question, forcément. La fille dit "oui, oui, celui-la. Il est trop mignon". Le vendeur prend son baton, attrape le chien et lui donne un grand cou sur la nuque avec son bateau. Ca fait un bruit d'os cassé. Le chien est mort. Le vendeur le tend a la fille. Avec un signe de la main, il lui fait comprendre qu'il faut payer. Le ton monte, ca aboie, mais pas que les chiens autour. Le vendeur a le dessus. La fille paye, laisse le chien par terre et s'en va en pleurant, consolée par son amie.
En France - et dans la plupart des pays - nous avons les chiens de garde et les chiens de compagnie. Au Vietnam, il y a une troisieme famille de chiens : les chiens a manger.
Peu apres je rencontrais mon maitre es paresse. Avec un petit groupe, nous suivions notre guide vietnamien, Johnny (!), a la découverte des H'mongs, un peuple habitant les montagnes dans le nord du Vietnam. Et Johnny nous a expliqué :
- Alors...euh...les H'mongs... vous comprenez ?... ils habitent dans les montagnes... vous comprenez ?
Jusque la, on comprenait.
- Il y a quatre familles de H'mongs, vous comprenez ?...
On se concentre, mais on y arrive.
- Les H'mongs rouges, qui sont habillés... en rouge... vous comprenez ?
Ca me parait logique en effet.
- Les H'mongs bleus, qui sont habillés... en bleu... vous comprenez ?
Quelle surprise ! Il faut comprendre également qu'apres chaque "Vous comprenez ?", Johnny nous impose une pause rhétorique de trente secondes. Une éternité.
- Les H'mongs jaunes, qui sont habillés... en jaune... vous comprenez ?
Ah bein ca, ca tombe bien alors. Je suis au taquet pour les H'mongs verts a venir...
- Et les H'mongs fleur, qui sont habillés... ?
La colle. On ne s'y attendait pas. On seche tous, pris au dépurvu que nous sommes devant un tel rebondissement. Le suspens est insoutenable. Mais de quelle couleur peuvent donc s'habiller les H'mongs fleur ? Johnny va t il nous révéler ce secret ? Allons nous trouver le sommeil ?
- Et les H'mongs fleur, qui sont habillés... de toutes les couleurs, vous comprenez ?
J'ai compris. Je quitte le Vietnam.
Thursday, January 8, 2009
Part 20 - Pédale longue
Quoi de plus adapté a ma personne que de passer la nuit a la belle etoile sur le pont d'un bateau au coeur de la Baie d'Halong ? Pas grand chose. Le paradis du paresseux. Tranquille. Eternel. Parfait. A un petit detail pres : la gueule de bois.
Je suis donc embarqué pour une croisere paisible avec sept autres voyageurs de toutes nationalités : un allemand, un australien, un couple d'anglais, un israelien, une suisse et une canadienne. Nous naviguons, enchantés, entre les blocs de roche massifs sortis de nul part qui se dressent dans la baie d'Halong. Le soir arrive. Notre guide nous prépare un diner a base de "fried rice" et nous voila prets a affronter la nuit. Chacun sort alors sa bouteille, comme si c'était une évidence.
C'est l'australien qui a eu l'idée. Sacré australien. Les jeux d'alcool étant quelque chose d'universel sur le principe, nous avons décidé de pousser une étude culturelle du concept. Chacun y est allé de son jeu d'alcool favori. Ce qui nous a donné l'occasion de découvrir celui des autres et surtout... de boire.
Je ne me souviens pas tres bien de la suite, sinon d'une énorme injustice. Nous jouions a la version canadienne. Sur fond de "We Will Rock You" de Queen, un maitre du jeu pose une question et chacun doit repondre en rythme sous peine de pénalité alcoolisée. Il fallait citer une capitale d'Europe. Chacun son tour.
- Paris
- Londres
- Rome
- Barcelone
- ???
Oui. Les points d'interrogations sont les miens. J'étais un peu surpris. Barcelone, capitale européenne ? Mais de quel pays ? Le pays Basque ? Je n'etais pas au courant de son independance... je souleve mon scepticisme par un délicat : "Excusez moi les amis, mais Barcelone n'est pas une capitale européenne. Je pense que Miss Canada a droit a un aller simple vers Mme Smirnoff."
Mes points d'interrogation ont fait beaucoup de petits face a la réponse de mes camarades unanimes :
- Mais bien sur que si. C'est la capitale de l'Espagne.
- Vous n'avez jamais entendu parler de Madrid ?
- Non, mais Madrid c'est pas pareil. Allez, c'est a qui ?
C'était a moi.
- Vaduz.
- Quoi ? Ca existe meme pas. Allez, tu bois...
- Mais si, c'est la capitale du Lichtenstein.
- Jamais entendu parler. Allez tu bois.
Meme les européens ne m'ont pas soutenu sur ce coup. J'étais bon pour mon cul sec.
Et c'est ainsi que vers les trois heures du matin, incapable de retrouver mon chemin jusqu'a ma cabine, je passais la nuit sur le pont du bateau, bercé par les étoiles, la mer et l'acool et reveillé par l'allemand a l'estomac moins resistant que le mien.
Je suis donc embarqué pour une croisere paisible avec sept autres voyageurs de toutes nationalités : un allemand, un australien, un couple d'anglais, un israelien, une suisse et une canadienne. Nous naviguons, enchantés, entre les blocs de roche massifs sortis de nul part qui se dressent dans la baie d'Halong. Le soir arrive. Notre guide nous prépare un diner a base de "fried rice" et nous voila prets a affronter la nuit. Chacun sort alors sa bouteille, comme si c'était une évidence.
C'est l'australien qui a eu l'idée. Sacré australien. Les jeux d'alcool étant quelque chose d'universel sur le principe, nous avons décidé de pousser une étude culturelle du concept. Chacun y est allé de son jeu d'alcool favori. Ce qui nous a donné l'occasion de découvrir celui des autres et surtout... de boire.
Je ne me souviens pas tres bien de la suite, sinon d'une énorme injustice. Nous jouions a la version canadienne. Sur fond de "We Will Rock You" de Queen, un maitre du jeu pose une question et chacun doit repondre en rythme sous peine de pénalité alcoolisée. Il fallait citer une capitale d'Europe. Chacun son tour.
- Paris
- Londres
- Rome
- Barcelone
- ???
Oui. Les points d'interrogations sont les miens. J'étais un peu surpris. Barcelone, capitale européenne ? Mais de quel pays ? Le pays Basque ? Je n'etais pas au courant de son independance... je souleve mon scepticisme par un délicat : "Excusez moi les amis, mais Barcelone n'est pas une capitale européenne. Je pense que Miss Canada a droit a un aller simple vers Mme Smirnoff."
Mes points d'interrogation ont fait beaucoup de petits face a la réponse de mes camarades unanimes :
- Mais bien sur que si. C'est la capitale de l'Espagne.
- Vous n'avez jamais entendu parler de Madrid ?
- Non, mais Madrid c'est pas pareil. Allez, c'est a qui ?
C'était a moi.
- Vaduz.
- Quoi ? Ca existe meme pas. Allez, tu bois...
- Mais si, c'est la capitale du Lichtenstein.
- Jamais entendu parler. Allez tu bois.
Meme les européens ne m'ont pas soutenu sur ce coup. J'étais bon pour mon cul sec.
Et c'est ainsi que vers les trois heures du matin, incapable de retrouver mon chemin jusqu'a ma cabine, je passais la nuit sur le pont du bateau, bercé par les étoiles, la mer et l'acool et reveillé par l'allemand a l'estomac moins resistant que le mien.
Part 19 - Come on
Les vietnamiens me fatiguent : ils bougent dans tous les sens, ils klaxonnent, ils crient. Et puis ils parlent une langue obscure. On m'a dit que c'était normal si je n'arrivais a reproduire aucun son.
- Le vietnamien est une langue "tonale".
- Quoi ca ?
- Tonale. Avec des tons.
- Des thons ? C'est une autre façon de dire que c'est moche ? Je comprends mieux maintenant.
Je n'avais pas bien compris en fait. Ce que ca veut dire en réalité, c'est que selon l'intonation que l'on va mettre sur un mot, le sens du mot est différent. Par exemple, "Ma", selon que l'on dit "MaaaaaaAAAaaa", "MA", "ma", "má" pourrait tres bien vouloir dire cheval, mobilette, fille ou choucroute (avec un léger doute sur les traductions, notamment pour la choucroute...).
Pendant le mois que j'ai passé au Vietnam, quelle frustration de se rendre compte que pas une seule fois on m'a compris quand j'ai tenté un "Cá mon" sensé vouloir dire "merci". Pesante solitude.
En revanche, j'ai tres bien intégré le "Tchin !" local : "Yo !". Je ne sais pas s'il s'agit de la version officielle ou de la version simplifiée pour touriste, mais généralement on me comprenait. C'était peut etre aussi du au fait que j'accompagnais toujours mon "Yo !" d'un lever de verre élégant et distingué qui laissait peu de place a une interprétation farfelue.
Et donc, un soir que j'arrive a Ninh Bin, une ville du nord du pays, je me retrouve dans un "restaurant". Si je donne a l'établissement l'étiquette de "restaurant", c'est parce que depuis que j'ai appris que Mc Donald en était un, mes expectations en la matiere ont été revues largement a la baisse. Le quartier me parait un peu malfamé, mais c'est de ma faute. Reflexe de paresseux : j'ai flané sans faire attention ou me menaient mes pieds, et quand mon ventre m'a signifié gracieusement par un délicat léger gargouillis qu'il commençait a faire faim, j'ai marché vingt minutes de plus jusqu'a trouver le premier endroit qui servait a manger, sans etre vraiment regardant sur le nombre d'étoiles Michelin. Résultat, j'etais compltement perdu dans une ville inconnue, mais peu m'importait : j'allais manger. Une fois assis, on me tend un menu. Et c'est a ce moment la que je me suis rendu compte que mon vietnamien était finalement assez proche de l'italien. Bien évidemment, personne ne parlait ni français ni anglais. Et le menu était intégralement en vietnamien. C'est ce jour la d'ailleurs que j'ai décidé d'arréter de me moquer de ces restaurants qui affichent sur leurs menus les photos de leurs plats. Ce n'est pas glamour, mais c'est fichtrement pratique ! Je tente de mimer du riz ou de la soupe a la serveuse pour lui faire comprendre que j'étais la pour manger quelque chose et apres cinq minutes d'incompréhension réciproque, résigné, je balance mes bras ouvertement, les mains ouvertes en espérant qu'elle comprenne que cela voulait dire "sers moi n'importe quoi". Bien sur, toute la scene l'a beaucoup faite rire, ainsi que ses amies en cuisine et que les quatre vietnamiens bons vivants assis a la table d'a coté. Ils s'aventurent a essayer de communiquer avec moi, mais le résultat est le meme. Nous communiquons en italien des mains. Heureusement, certains codes sont universels, et quand ils me tendent un verre d'alcool de riz en faisant signe de le prendre cul sec, je m'execute. "Yo !" Une amitié pouvait naitre. Ca les fait beaucoup rire. Apres quatre cul sec (j'avais visiblement un peu de retard sur eux malgre tout), mon plat arrive. Je retourne a ma table et découvre une sorte de soupe dont je serais bien incapable d'identifier le moindre ingrédient. Mais ce n'est pas mauvais. Arrive ensuite un "fried rice" (on n'y échappe pas) et me voila repu. Le plus gros des vietnamiens, voyant que j'ai fini de manger m'interpelle a nouveau. Et voici ce que j'ai compris de notre discussion, apres coup :
- Et toi, l'étranger ! Elles te plaisent les filles en cuisine ?
- Comment ? Moi pas comprendre vous...
- Je te demande si elles te plaisent (et de pointer les filles en question)
- Euh...oui, tres bonne la cuisine. Cá Mon.
- Les filles (et de mimer les formes d'une fille pour etre sur que je comprenne) ?
- MaaaAAAAaaa ? Ah, oui, les filles ? La ? Oui tres bon service. Cá Mon.
- Tu peux choisir celle que tu veux.
- Ah ? Elles font partie de ta famille ? Ce sont tes filles ? Bravo.
- Tu prends celle que tu preferes. C'est cadeau.
- Comment as tu dis qu'elles s'appelaient, je n'ai pas bien compris...
- Oui, oui, celle que tu veux. Y a une chambre a l'étage.
- Chung chen sui ? C'est pas un nom ca... non, vraiment je ne te comprends pas...
- Baiser. Niquer. Forniquer. Sexe. Celle que tu veux (et de mimer un geste peu ambigu)
- Ah... ca... euh... Non Cá Mon.
- Le vietnamien est une langue "tonale".
- Quoi ca ?
- Tonale. Avec des tons.
- Des thons ? C'est une autre façon de dire que c'est moche ? Je comprends mieux maintenant.
Je n'avais pas bien compris en fait. Ce que ca veut dire en réalité, c'est que selon l'intonation que l'on va mettre sur un mot, le sens du mot est différent. Par exemple, "Ma", selon que l'on dit "MaaaaaaAAAaaa", "MA", "ma", "má" pourrait tres bien vouloir dire cheval, mobilette, fille ou choucroute (avec un léger doute sur les traductions, notamment pour la choucroute...).
Pendant le mois que j'ai passé au Vietnam, quelle frustration de se rendre compte que pas une seule fois on m'a compris quand j'ai tenté un "Cá mon" sensé vouloir dire "merci". Pesante solitude.
En revanche, j'ai tres bien intégré le "Tchin !" local : "Yo !". Je ne sais pas s'il s'agit de la version officielle ou de la version simplifiée pour touriste, mais généralement on me comprenait. C'était peut etre aussi du au fait que j'accompagnais toujours mon "Yo !" d'un lever de verre élégant et distingué qui laissait peu de place a une interprétation farfelue.
Et donc, un soir que j'arrive a Ninh Bin, une ville du nord du pays, je me retrouve dans un "restaurant". Si je donne a l'établissement l'étiquette de "restaurant", c'est parce que depuis que j'ai appris que Mc Donald en était un, mes expectations en la matiere ont été revues largement a la baisse. Le quartier me parait un peu malfamé, mais c'est de ma faute. Reflexe de paresseux : j'ai flané sans faire attention ou me menaient mes pieds, et quand mon ventre m'a signifié gracieusement par un délicat léger gargouillis qu'il commençait a faire faim, j'ai marché vingt minutes de plus jusqu'a trouver le premier endroit qui servait a manger, sans etre vraiment regardant sur le nombre d'étoiles Michelin. Résultat, j'etais compltement perdu dans une ville inconnue, mais peu m'importait : j'allais manger. Une fois assis, on me tend un menu. Et c'est a ce moment la que je me suis rendu compte que mon vietnamien était finalement assez proche de l'italien. Bien évidemment, personne ne parlait ni français ni anglais. Et le menu était intégralement en vietnamien. C'est ce jour la d'ailleurs que j'ai décidé d'arréter de me moquer de ces restaurants qui affichent sur leurs menus les photos de leurs plats. Ce n'est pas glamour, mais c'est fichtrement pratique ! Je tente de mimer du riz ou de la soupe a la serveuse pour lui faire comprendre que j'étais la pour manger quelque chose et apres cinq minutes d'incompréhension réciproque, résigné, je balance mes bras ouvertement, les mains ouvertes en espérant qu'elle comprenne que cela voulait dire "sers moi n'importe quoi". Bien sur, toute la scene l'a beaucoup faite rire, ainsi que ses amies en cuisine et que les quatre vietnamiens bons vivants assis a la table d'a coté. Ils s'aventurent a essayer de communiquer avec moi, mais le résultat est le meme. Nous communiquons en italien des mains. Heureusement, certains codes sont universels, et quand ils me tendent un verre d'alcool de riz en faisant signe de le prendre cul sec, je m'execute. "Yo !" Une amitié pouvait naitre. Ca les fait beaucoup rire. Apres quatre cul sec (j'avais visiblement un peu de retard sur eux malgre tout), mon plat arrive. Je retourne a ma table et découvre une sorte de soupe dont je serais bien incapable d'identifier le moindre ingrédient. Mais ce n'est pas mauvais. Arrive ensuite un "fried rice" (on n'y échappe pas) et me voila repu. Le plus gros des vietnamiens, voyant que j'ai fini de manger m'interpelle a nouveau. Et voici ce que j'ai compris de notre discussion, apres coup :
- Et toi, l'étranger ! Elles te plaisent les filles en cuisine ?
- Comment ? Moi pas comprendre vous...
- Je te demande si elles te plaisent (et de pointer les filles en question)
- Euh...oui, tres bonne la cuisine. Cá Mon.
- Les filles (et de mimer les formes d'une fille pour etre sur que je comprenne) ?
- MaaaAAAAaaa ? Ah, oui, les filles ? La ? Oui tres bon service. Cá Mon.
- Tu peux choisir celle que tu veux.
- Ah ? Elles font partie de ta famille ? Ce sont tes filles ? Bravo.
- Tu prends celle que tu preferes. C'est cadeau.
- Comment as tu dis qu'elles s'appelaient, je n'ai pas bien compris...
- Oui, oui, celle que tu veux. Y a une chambre a l'étage.
- Chung chen sui ? C'est pas un nom ca... non, vraiment je ne te comprends pas...
- Baiser. Niquer. Forniquer. Sexe. Celle que tu veux (et de mimer un geste peu ambigu)
- Ah... ca... euh... Non Cá Mon.
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