Cinquante heures. C'est ce qu'il m'a fallu pour aller d'Hanoi a Ventiane. Durée du trajet en temps normal ? Treize heures, pourquoi ? C'est ainsi que je suis tombé amoureux du Laos.
Si je me souviens bien, mais tout est encore confus dans ma mémoire, l'épopée peut se résumer ainsi : attendre le bus, monter dans le bus et attendre qu'il soit plein avant de partir, respirer les oignons, plier les jambes tout du long, attendre l'ouverture de la frontiere, attendre, glisser discretement un billet de un dollar dans le passeport pour obtenir son tampon, attendre des papiers d'importation pour des médicaments, voir le coucher et le lever du soleil depuis le meme endroit, se retrouver bloqué dans la boue, sortir du bus, pousser-tirer le bus, démonter le bus, remorquer le bus, admirer un douanier taper les documents d'importation (une dizaine de pages) sur une machine a ecrire du 19e siecle avec un doigt, attendre, manger une omelette en deux jours, s'arreter dans chaque village pour déposer des colis suspects recouverts de fruits du dragon, crever un pneu, réparer un pneu, pisser sur un serpent, se faire déposer a dix kilometres de Ventiane, se faire accueillir par des chauffeur de taxi qui s'entre-déchirent a coups de sabre, se faire conduire par le vainqueur ensanglanté, arriver a 22h dans une capitale ou tout est fermé, trouver malgré tout un hotel, se sentir mieux mais avoir faim, déambuler jusqu'a trouver un établissement qui sert des happys pizzas et des filles, consommer les unes et regarder les autres, se dire que ce pays a quelque chose de particulier, rentrer a l'hotel, s'écrouler sur le lit, dormir douze heures.
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