Les vietnamiens me fatiguent : ils bougent dans tous les sens, ils klaxonnent, ils crient. Et puis ils parlent une langue obscure. On m'a dit que c'était normal si je n'arrivais a reproduire aucun son.
- Le vietnamien est une langue "tonale".
- Quoi ca ?
- Tonale. Avec des tons.
- Des thons ? C'est une autre façon de dire que c'est moche ? Je comprends mieux maintenant.
Je n'avais pas bien compris en fait. Ce que ca veut dire en réalité, c'est que selon l'intonation que l'on va mettre sur un mot, le sens du mot est différent. Par exemple, "Ma", selon que l'on dit "MaaaaaaAAAaaa", "MA", "ma", "má" pourrait tres bien vouloir dire cheval, mobilette, fille ou choucroute (avec un léger doute sur les traductions, notamment pour la choucroute...).
Pendant le mois que j'ai passé au Vietnam, quelle frustration de se rendre compte que pas une seule fois on m'a compris quand j'ai tenté un "Cá mon" sensé vouloir dire "merci". Pesante solitude.
En revanche, j'ai tres bien intégré le "Tchin !" local : "Yo !". Je ne sais pas s'il s'agit de la version officielle ou de la version simplifiée pour touriste, mais généralement on me comprenait. C'était peut etre aussi du au fait que j'accompagnais toujours mon "Yo !" d'un lever de verre élégant et distingué qui laissait peu de place a une interprétation farfelue.
Et donc, un soir que j'arrive a Ninh Bin, une ville du nord du pays, je me retrouve dans un "restaurant". Si je donne a l'établissement l'étiquette de "restaurant", c'est parce que depuis que j'ai appris que Mc Donald en était un, mes expectations en la matiere ont été revues largement a la baisse. Le quartier me parait un peu malfamé, mais c'est de ma faute. Reflexe de paresseux : j'ai flané sans faire attention ou me menaient mes pieds, et quand mon ventre m'a signifié gracieusement par un délicat léger gargouillis qu'il commençait a faire faim, j'ai marché vingt minutes de plus jusqu'a trouver le premier endroit qui servait a manger, sans etre vraiment regardant sur le nombre d'étoiles Michelin. Résultat, j'etais compltement perdu dans une ville inconnue, mais peu m'importait : j'allais manger. Une fois assis, on me tend un menu. Et c'est a ce moment la que je me suis rendu compte que mon vietnamien était finalement assez proche de l'italien. Bien évidemment, personne ne parlait ni français ni anglais. Et le menu était intégralement en vietnamien. C'est ce jour la d'ailleurs que j'ai décidé d'arréter de me moquer de ces restaurants qui affichent sur leurs menus les photos de leurs plats. Ce n'est pas glamour, mais c'est fichtrement pratique ! Je tente de mimer du riz ou de la soupe a la serveuse pour lui faire comprendre que j'étais la pour manger quelque chose et apres cinq minutes d'incompréhension réciproque, résigné, je balance mes bras ouvertement, les mains ouvertes en espérant qu'elle comprenne que cela voulait dire "sers moi n'importe quoi". Bien sur, toute la scene l'a beaucoup faite rire, ainsi que ses amies en cuisine et que les quatre vietnamiens bons vivants assis a la table d'a coté. Ils s'aventurent a essayer de communiquer avec moi, mais le résultat est le meme. Nous communiquons en italien des mains. Heureusement, certains codes sont universels, et quand ils me tendent un verre d'alcool de riz en faisant signe de le prendre cul sec, je m'execute. "Yo !" Une amitié pouvait naitre. Ca les fait beaucoup rire. Apres quatre cul sec (j'avais visiblement un peu de retard sur eux malgre tout), mon plat arrive. Je retourne a ma table et découvre une sorte de soupe dont je serais bien incapable d'identifier le moindre ingrédient. Mais ce n'est pas mauvais. Arrive ensuite un "fried rice" (on n'y échappe pas) et me voila repu. Le plus gros des vietnamiens, voyant que j'ai fini de manger m'interpelle a nouveau. Et voici ce que j'ai compris de notre discussion, apres coup :
- Et toi, l'étranger ! Elles te plaisent les filles en cuisine ?
- Comment ? Moi pas comprendre vous...
- Je te demande si elles te plaisent (et de pointer les filles en question)
- Euh...oui, tres bonne la cuisine. Cá Mon.
- Les filles (et de mimer les formes d'une fille pour etre sur que je comprenne) ?
- MaaaAAAAaaa ? Ah, oui, les filles ? La ? Oui tres bon service. Cá Mon.
- Tu peux choisir celle que tu veux.
- Ah ? Elles font partie de ta famille ? Ce sont tes filles ? Bravo.
- Tu prends celle que tu preferes. C'est cadeau.
- Comment as tu dis qu'elles s'appelaient, je n'ai pas bien compris...
- Oui, oui, celle que tu veux. Y a une chambre a l'étage.
- Chung chen sui ? C'est pas un nom ca... non, vraiment je ne te comprends pas...
- Baiser. Niquer. Forniquer. Sexe. Celle que tu veux (et de mimer un geste peu ambigu)
- Ah... ca... euh... Non Cá Mon.
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